Proyecto Cerro Rabón 1993

ROMAN HAPKA (SCMN) ET LAURENT DÉCHANEZ (SCPF), PHOTOS URS WIDMER (SSS-BS)

Un article tiré de Inside Earth 2/1999 lui-même repris de Caverne 2/98.

Exploration et archéologie dans les grands gouffres d'effondrements de la région de Tilpan, Mexique

Entre 1991 et 1995, plus de cent cavités ­ dont une cinquantaine recelaient des vestiges archéologiques ­ ont été découverts, explorés et étudiés sur le plateau karstique du Cerro Rabón. Situé à 300 km au sud-est de Mexico City, dans la Sierra Mazateca à la frontière des états de Oaxaca, Puebla et Veracruz, il fait partie d'une impor tante chaîne de montagne séparant les basses terres tropicales humides du Golfe du Mexique , des hauts plateaux arides du Mexique central. Une épaisse et luxuriante jungle recouvre l'ensemble de la région à partir de 50 mètres d'altitude jusqu'aux sommets situés à plus de 2400 mètres.

Tentes Nos tentes sont plantées dans le hameau situé dans le fond de la vallée de Tenango. Les falaises de Tilpan 3 se découpent sur le vert de la jangle (la présence des chaussettes de Jean-Marc sur la tente explique l'absence de personnage sur la photo).

La population mazatèque actuelle , forte de quelques 100000 personnes réparties en de multiples villages et dans quelques petites villes, possède une littérature orale fort abondante, reflet des traditions et des croyances locales. Dans leur mythologie, les grandes cavernes et les montagnes sont les habitats d'êtres surnaturels. Comme ailleurs en Méso-Amérique, les grottes abritent les dieux de la pluie, du tonnerre et des eaux. Le monde souterrain est donc un lieu sacré chez les Indiens mazatèques traditionnels. L'origine de ces mythes, souvent associés à des rites, est antérieure à la conquête espagnole (XVIe siècle), raison pour laquelle ils peuvent fournir des éléments d'interprétation des vestiges archéologiques.

Plan de situation de l'ancien Rio Tilpan Situation de l'ancien Rio Tilpan (Antiguo Rio Tilpan) avant l'inondation de sa source et de son cours complet sous les eaux du lac de barrage Miguel Aleman en 1954. A cette occasion, 22'000 indiens mazatèques ont dû abandonner leurs terres (d'après Comision del Papaloapan 1962).

Découverte et exploration

Lors de discussions ­ toujours animées et arrosées ­ avec nos amis de la Sierra Mazateca, il apparaît qu'une importante rivière (le Rio Tilpan) s'écoulait du Cerro Rabón avant la mise en eaux du barrage Miguel Aleman. Divers écrits, ainsi que d'anciennes cartes, font également état d'un rivière naviguable (Antiguo Rio Tilpan) et d'une résurgence (Boca Tilpan) dans la région de San Felipe Tilpan.

Il n'en faut pas plus pour qu'en mars 1992, Pierre-Yves Jeannin (alias Pedro) et Roman Hapka (Ramón) se lance sur la trace de cette source mystérieuse (voir le récit complet dans Cavernes, Hapka 1992):

«Après avoir vainement recherché la pierre aux chichis , nous consacrons notre attention à l'autre raison de notre venue dans la région de Tilpan. Les excellentes prédispositions géologiques en font l'endroit idéal, voir incontournable, pour une résurgence karstique. Le pendages des couches et le système des failles régionales indiquent qu'une partie au moins des eaux du Cerro Rabón résurgent là. Mais devant nous, pas trace de source ni de rivière. Tel une gigantesque flaque de mercure, la surface du lac réfléchit les rayons de soleil jusqu'à l'horizon. Pour tant cette source doit bien exister puisque quelques heures auparavant nous avions entendu gronder une rivière au fond des Tilpan 1 et 2. De plus, nous savons par VILLA ROJAS (1955, page 87) que la présence d'une résurgence se cache sous les dénominations de Boca de Tilpan (la Bouche de Tilpan) et Cabeza de Tilpan (la Tête de Tilpan): «... En la parte baja existe otra cueva que es, tambien, objecto del cuidado y reverencia nativa; se le conoce con el nombre de «Cabeza de Tilpan» por ser alli donde surge el rio Tilpan....»

Plan de situation des gouffres Tilpan Situation des gouffres de Tilpan 1, 2 et 3 ainsi que de la Cueva de Tenango

Se pourrait-il que cette grotte ait été submergée lors de la mise en eaux du barrage et qu'elle se trouve actuellement dans le lac ? Quelques questions posées aux indigènes présents viennent confirmer cette supposition; une grande rivière , s'écoulant toute l'année d'une grotte, existait bel et bien ici. Dommage, il semble que cet accès facile à la rivière soit à jamais impraticable aux spéléologues non plongeurs. De plus, l'hydrogeologo Pedro se désole déjà de l'impossibilité d'une coloration facile».

Il faut se rendre à l'évidence, la résurgence de Tilpan est innatteignable sans d'importants moyens de plongées. Par contre, l'accès au collecteur du Cerro Rabón est peut-être possible par l'intermédiaire des grands goufres d'effondrements répérés lors de cette mini expédition.

En effet, lors de la descente de la vallée sèche de Tenango, c'est avec stupeur que nous avions découvert les deux énormes entrées de Tilpna 1 et 2. La descente de ces parois abruptes, voir surplombantes avait été jugée impossible sans matériel de progression verticale. C'est là que nous nous trompions.

Exactement une année plus tard, en mars 1993, un petit groupe de volontaires s'installe près du hameau d'Agua Ciénega avec la ferme intention d'explorer les gouffres de Tilpan. Cet objectif a été considéré comme suffisament important pour qu'une expédition d'une semaine s'organise en marge de l'expédition principale du Proyecto Cerro Rabón 1993. Celle-ci est basée comme d'habitude à San Martin Caballero, une dizaine de kilomètres à vol d'oiseau, et se consacrera à la poursuite de l'exploration du Kijahe Xontjoa jusque vers 1200 m de profondeur.

Le groupe Tilpan est composé de Rachel Rumo, Jean-Marc-Jutzet, Laurent Déchanez (tous SCPF), Urs Widmer (SSS-BS) et Roman Hapka (SCMN). A peine le camp monté, nous trinquons avec les habitants des cahutes environnantes en leur dévoilant nos intentions. Qu'elle n'est pas notre surprise quant ils nous parle d'un gouffre encore plus profond situé à quelques centaines de mètres seulement. Nous nous y rendons, en espérant que ce soit un de ceux repéré sur les photos aériennes. En effet, entre les feuillages épais, s'ouvre un vide de très bon augure: Tilpan 3.

Plissement sur les parois de Tilpan 1 Plissements visibles dans les parois de Tilpan 1. La zone sablonneuse contre la paroi est l'unique espace dégagé pour progresser au fond de la doline d'effondrement.

Les jours suivants, nous explorons systématiquement les trois gouffres de Tilpan 1, 2 et 3 avant de nous faire éjecter manu militari par la police locale (en fait celle du village voisin, Cerro Campana, la capitale régionale) sous prétexte que notre autorisation n'est pas en ordre (ce qui est vrai, mais on joue aux naïfs). C'est le coeur un peu triste que nous quittons cette magnifique région, car nous devons nous rendre à l'évidence, aucune rivière ne coule au fond des Tilpans; le collecteur se défend bien.

Quelques tilpanades d'anthologies

Tilpan 3, en première, plein vide à 40 m du sol sur une corde de 9 mm neuve dont la gaine glisse; Laurent, suspendu à son fil, disparaît dans la frondaison d'un arbre accroché à la paroi; soudain des cris s'élèvent, l'arbre s'agite violement et des branches commencent à tomber; Laurent réapparraît bientôt, battant furieusement l'air avec sa machette super-méga aiguisée commeune lame de rasoir; la corde n'a rien et le nid d'abeilles nous attend impatiemment au fond du trou.

Après avoir difficilement atteind le fond de Tilpan 2, nous entreprenons d'en faire le tour en longeant la paroi surplombante où la végétation est plus clairsemée. Rachel, grande amie des animaux, surtout des chats, nous annonce avoir découvert des traces toutes fraiches de ces charmantes bestioles un peu plus loin. Intrigués, nous allons voir. Il y a bien des traces de fellidés, mais pas celle d'un chat puisque qu'elles font 10 cm de diamètre. Ambiance, ambiance.

Plan Tilpan 3 Plan Tilpan 3 TILPAN 3 San José Tenango, Cerro Rabón Sierra Mazateca, Oaxaca, Mexico Depth: Length: -198 m; +76 m 630 m Proyecto Cerro Rabón 1992/93 Survey: Laurent Déchanez (SCPF), Roman Hapka (SCMN) Jean-Marc Jutzet (SCPF), Rachel Rumo (SCPF), Urs Widmer (SGH-BS) Drawing : Roman Hapka

Vers 6 h du matin, Jean-Marc hèle Roman d'un tente voisine pour lui signaler que quelqu'un l'attend dehors et désire lui parler. Roman ouvre sa tente et se retrouve nez à nez avec le canon d'un fusil. Hola compagniero de la policia. Toute l'équipe de courageux fait semblant de pioncer pendant que Roman se fait fouiller sous la menace des armes.

Deux policiers patibulaires de Cerro Campana nous escortent (un devant et un derrière) comme des malfrats jusqu'à San José Tenango. Nous éclaircissons la situation avec le Presidente Municipal. A la fin de l'entrevue, celui-ci nous prie de payer les policiers pour leur travail. Surpris, nous expliquons qu'en Suisse on paye des amendes si l'on est reconnu coupable, mais en tout cas pas directement les agents de l'ordre. Avec un sourire jusqu'au oreille, le Présidente nous rétorque «autre pays, autres moeurs !».

Comme d'habitude toute l'histoire se termine dans le magasin-bistrot de Nicolas où tout le monde se marre de nos déboires et est bientôt complètement soûls. Le plus drôle, c'est que se sont les deux flics qui payent toute la note avec leur (notre) argent dûrement gagné.

Description de la région de Tilpan

La région de Tilpan est située à basse altitude (entre 50-200 m) à la limite nord-est du massif du Cerro Rabón en bordure du lac de barrage de Miguel Alemán. Elle est caractérisée par la présence de trois vastes gouffres d'effondrements parfaitement visibles sur les photos aériennes et les images satellites, ainsi que par une des résurgences supposées des eaux du Cerro Rabon (le mythique Rio Tilpan). Les grandes dépressions de Tilpan 1, 2 et 3 sont alignées sur une importante faille pouvant conditionner l'écoulement souterrain; raison pour laquelle une prospection spéléologique y a été entreprise.

Les trois gouffres de Tilpan offrent la particularité d'avoir des ouvertures tellement vastes que leur base est recouvert d'une forêt tropicale luxuriante. Cette végétation pousse cependant de manière plus clairsemée qu'en surface, c'est-à-dire qu'il y a moins d'arbres de hautes tailles et plus de buissons et de lianes inextricablement entremêlés. Le long des parois, dans les parties surplombantes, la végétation se raréfie à cause du manque de lumière et d'humidité. Ces lambeaux de forêt, perdus à cent mètres sous la surface et pratiquement inacessibles, sont en outre occupés par de nombreuses espèces animales. Parmi les plus impressionnantes bestioles repérées en bas, signalons le jaguar (ou puma) dont des empreintes ont été relevées dans Tilpan 2 et les araignées géantes à poils longs et petits yeux glauques, d'espèce inconnues mais du type «qui font très peur» d'après Rachel.

Galerie principale de Tilpan 2 Vue du fond de la galerie principale de Tilpan 2 en direction de l'entrée.

Tilpan 1: Une tombe perdue dans l'enfer vert

Aucun relevé de ce gouffre, de 200 à 250 m de diamètre à l'ouverture, n'a été effectué étant donné l'absence de véritable grotte. De plus, les explorateurs ont rapidement renoncé à dérouler un ruban métrique dans l'entrelats de végétation occupant sa base. La descente s'effectue le long d'une des parois par une verticale d'environ 40 m et se poursuit en se laissant glisser d'un arbre à l'autre. Le sol, très pentu, est totalement encombré de blocs instables et de lianes grimpantes, tombantes, rampantes, etc. La seule solution de progression s'avère de longer la paroi en profitant des surplombs sous lesquels l'enfer vert a moins d'emprise et de faire ainsi le tour du puits. A l'exception de quelques fissures et boyaux insignifiants, aucune galerie n'a été repérée. Une sépulture pillée a cependant été découverte dans une fissure horizontale dont l'orifice était obturé par quelques blocs. La minuscule chambre contenait des os et des tessons. Le transport d'un corps et des offrandes jusqu'à son lieu d'inhumation a certainement dû représenter une homérique course d'obstacle (mais qu'est ce qu'on ne ferait pas pour se débarasser discrètement de belle-maman ?).

Dénivelation:
environ 90 m
Développement:
environ 250 (diamètre doline d'effondrement)
Inventaire:
Cerro Rabón 93/1, Tilpan 1

Coupe développée Tilpan 3 TILPAN 3 Coupe développée San José Tenango, Cerro Rabón Sierra Mazateca, Oaxaca, Mexico Depth: Length: Sur vey: -198 m; +76 m 630 m Laurent Déchanez (SCPF), Roman Hapka (SCMN) Jean-Marc Jutzet (SCPF), Rachel Rumo (SCPF), Urs Widmer (SGH-BS) Proyecto Cerro Rabón 1992/93 Drawing : Roman Hapka

Tilpan 2: Habitat et jaguar au fond du gouffre

C'est par une descente verticale de plus de 40 m que l'on prend pied sur le cône d'éboulis qui ceinture la base des falaises de ce puits d'effondrement. Contrairement au gouffre de Tilpan 1, deux importantes galeries viennent se jeter dans ce qui devait constituer, autrefois, une gigantesque salle de près de 200 m de diamètre. L'une de ces galeries a livré des vestiges archéologiques. Sous le porche, c'est-à-dire dans un endroit assez plat et sec, les anciens Mazatèques ont construit ce qui, pour l'heure, semble être l'unique trace d'habitat en milieu souterrain découvert sur l'ensemble du massif. Des murets de pierres sèches délimitent quelques terrasses peu étendues jonchées de tessons de poterie . Il pourrait s'agir d'aménagements de sol de cabane. D'autres petits murets ont été découverts dans la galerie à la suite d'une laborieuse ascension. La situation cachée et l'accès très malaisé à ces ensembles architecturaux font penser à une site-refuge.

Galerie dans Tilpan 3 Tilpan 3: Passage très concrétionné dans la galerie des Pots.

La descente et l'escalade des falaises, quoique périlleuses, paraissent humainement possible. La présence de magnifiques et inquiétantes empreintes de jaguar au fond du gouffre, laisse songeur. Des trois galeries explorées, deux sont des amonts. Seule la plus importante- dénommée Galerie Principale) a été topographiée.

Située approximativement à -120 sous la surface, la Galerie Principale s'élève de 85 m: Il s'agit d'un vaste conduit remontant de 25 m de largeur moyenne. Sa hauteur est de 50 m à l'entrée. La galerie est très bien concrétionnée et c'est d'ailleurs ce remplissage, accompagné d'argile et de sable, qui empêche la poursuite de l'exploration. On atteint le fond par paliers successifs; le plus haut ayant nécessité une escalade exposé de 30 m.

Dénivelation:
+85 m (Galerie Principale), entrée env. -120 m par rapport à la surface
Développement:
130 m (diamètre doline d'effondrement environ 200 m)
Inventaire:
Cerro Rabón 93/2, Tilpan 2

Tilpan 3: L'eau sacrée des acrobates

Le gouffre, dont l'orifice de forme ovale mesure 130 x 90 m de diamètre, est situé à flanc de coteau. Après avoir fixé une corde à un arbre surplombant, la descente s'effectue plein vide d'un seul trait. Les 20 derniers mètres sont un peu pénibles car il s'agit de se frayer un passage entre les frondaisons. Alentours se présentent des parois verticales entrecoupées de surplombs de 10 à 30 mètres. Le point d'arrivée, situé sur une pente d'éboulis, est d'ailleurs éloigné de 15 m de la paroi la plus proche.

Puits de lumière dans Tilpan 3 Tilpan 3: vers -100 m un puits de lumière de 150 m de diamètre perce le plafond de la Galerie des Pots. Comment les Mazatèques sont-ils descendus jusque là ?

La base du puits est presque circulaire et mesure 180 x 150 m de diamètre. Deux porches de grandes dimensions se font face de part et d'autre de la forêt occupant chaque mètre carré du centre du gouffre, véritable puits de lumière. Ils permettent d'accéder à la galerie du Lac et à la galerie des Pots. La première est une vaste salle, au sol en pente, richement décorée d'une coulée stalagmitique partiellement active et de diverses concrétions pouvant atteindre 10 m de hauteur. Le point bas, un petit lac, est situé à -130 m sous la surface du sol.

La galerie des Pots descend abruptement de -90 à -198 m. Là aussi les concrétions sont nombreuses et variées. Cette galerie atteint par endroits jusqu'à 50 m de largeur et se termine dans une zone boueuse, témoin de l'activité d'une nappe phréatique. Ces deux galeries ne possèdent pas de continuations et aucun courant d'air ne s'y fait sentir. L'unique accès est donc le gouffre d'effondrement emprunté par les spéléologues modernes.

Tous les vestiges archéologiques ont été repérés dans la galerie des Pots entre -95 et 155 m. Un premier ensemble situé, à proximité de l'entrée, est constitué d'amas de tessons de poterie éparpillés entre les blocs dans une zone subverticale où la progression s'avère particulièrement difficile. D'autres tessons, plus rares, sont disséminés tout au long de la descente jusqu'à une volumineuse stalactite d'où s'écoule un ruissellement continu ayant créé une stalagmite occupant presque toute la galerie. Parmi d'autres tessons, deux vases complets ­ une petite jarre et un récipient mammiforme ­ étaient déposés entre des blocs au pied des concrétions et de la cascatelle. Les nombreux tessons jalonnant le parcours entre la cascatelle et le haut de la galerie des Pots témoignent vraisemblablement des efforts et déboires des porteurs, à moins qu'ils ne s'agissent de bris intentionnels à but d'offrande.

Le fait marquant de cette découverte reste cependant la descente dans cet impressionnant gouffre ayant nécessité l'emploi de 100 m de corde et de tout l'équipement technique des spéléologues pour surmonter les 88 m de parois verticales et de surplombs. La découverte de tessons de poterie et même de vases entiers a donc été une surprise totale.

Dénivelation:
274 m (-198; +75)
Développement:
630 m
Inventaire:
Cerro Rabón 93/3, Tilpan 3

Tilpan

Conclusion

La petite expédition vers Tilpan a permis l'exploration de trois des plus impressionnantes cavités du Cerro Rabón. Perdu dans une jungle étouffante, les gouffres d'effondrements de Tilpan 1, 2, et 3 posent plus de questions qu'ils n'en résolvent. Ce n'est au tout cas par ce biais que le collecteur du massif saurait être atteint, à moins de la découverte toujours possible d'autres entrées. Les bruits de rivières entendus en 1992 par Ramon et Pedro résultaient du bruissements des vols des milliers d'hirondelles tournoyant dans les puits, additionné à une trop forte dose de cania.

La surprise complète est venue de la découver te de nombreux vestiges archéologiques (habitat, tombe et céramique) au fond des gouffres, jusqu'à plus de 150 m de la surface. Ces découvertes indiquent clairement aux archéologues et spéléologues que des vestiges peuvent être présents même en des endroits «inimaginables» du monde souterrain; c'est-à-dire dans des gouffres comportant des verticales respectables. A Tilpan, nous avons du surmonté ces obstacle difficiles (impossible n'est pas mazatèque) à l'aide des techniques modernes de progression sur corde.

L'intérêt de nos ancêtres pour le monde souterrain est reconnu depuis la découverte des premières grottes ornées. Leur réel désir de pénétrer sous terre, ainsi que leur aisance à se mouvoir dans ce milieu est révélé par les parcours très profonds effectuées dans diverses grandes cavités telles que Niaux dans les Pyrénées ou Mammoth Cave aux Etats-Unis.

Mais, avec le franchissement de puits et de parois parfois fort importantes, qui indique une grande maîtrise de la progression verticale (escalade , rappel ?), un nouveau seuil psychologique est atteint. La difficulté, le danger et l'extrême ne sont plus des éléments limitatifs. Les frontières de l'aventure et de l'exploration grandes ouvertes; l'homme peut dès lors partir à la conquête du monde.

La partie archéologique de cet article ainsi que le plan de Tilpan 3 ont déjà été publiés dans le volume 3 des actes du congrès, Hapka Rouvinez 1997. Ces nouvelles pages mexicaines permettent de compléter les topographies, de relater l'exploration des cavités, d'en faire la description et accessoirement de rendre plus vivante une belle aventure spéléologique et humaine.